SEBASTIEN SCHIFRES FAIT APPEL

DE LA DECISION DU TRIBUNAL DE NANTERRE

  

  

Incarcéré depuis trois semaines pour avoir participé le 2 novembre à une manifestation antisécuritaire à l'université de Nanterre, Sébastien Schifres, étudiant à la Sorbonne, a été condamné mardi 30 novembre à quatre mois de prison ferme pour "violence en réunion et détérioration d'un monument d'utilité publique". La 17e Chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre a cependant décidé de le remettre en liberté.

 

Le 2 novembre dernier, une cinquantaine d'étudiants s'étaient rassemblés à l'université de Nanterre pour protester contre le cloisonnement des bâtiments. Des manifestants armés de masses et de béliers avaient alors tenté de redétruire le mur séparant depuis un an les bâtiments E et D (ce mur avait déjà été détruit au mois de mars par les étudiants, avant d’être reconstruit quelques jours plus tard à la demande du président de l’université). Le mur ayant été reconstruit en béton armé, les étudiants ne sont parvenus cette fois-ci qu’à y faire un trou d’un mètre de large. Cette action a provoqué l’intervention d’une quinzaine de vigiles armés de mousquetons et de bombes lacrymogènes qui ont alors procédé à un tabassage en règle de toutes les personnes se trouvant sur les lieux : deux étudiants, dont Sébastien Schifres, se sont fait ouvrir le crâne et sont repartis la tête en sang. D’autres sont restés aveuglés plusieurs jours après avoir reçu du gel lacrymogène à bout portant.

 

Pour couvrir leurs exactions, les vigiles de Nanterre ont alors porté plainte contre l’étudiant le plus en vue, Sébastien Schifres, bien connu depuis une dizaine d’années pour son engagement libertaire et ses activités politiques sur le campus. Avant de s’inscrire à la Sorbonne, Sébastien Schifres a en effet été étudiant pendant huit ans (1996-2004) à la fac de Nanterre. Après avoir quitté la CNT en décembre 1996, il a participé pendant huit ans à quasiment toutes les manifestations, tous les mouvements de grève, et toutes les occupations qui se sont déroulées dans l’université (mouvements des chômeurs, des sans-papiers, et des étudiants non-inscrits notamment). En juin 1998, il participe dans le cadre du mouvement des chômeurs à l’occupation du Conseil constitutionnel : dans le bureau de Roland Dumas, il trouve un exemplaire original de la Constitution de 1958, le déchire et écrit sur la première page : « La dictature capitaliste est abolie. Le prolétariat décrète l’anarchie et le communisme ». Pour cette action iconoclaste, il sera condamné à huit mois de prison avec sursis. En décembre 2001, il est condamné à 200 heures de Travail d’Intérêt Général pour avoir fait des graffitis sur le parcours d’une manifestation de policiers. Ce sont ces antécédents judiciaires qui ont été avancés par le procureur pour justifier son incarcération le 9 novembre 2004. 

 

Pendant trois semaines, de nombreux étudiants se sont mobilisés en France pour la libération de Sébastien Schifres : à Nanterre, à Paris, à Nancy, à Grenoble, à Nantes… Plusieurs manifestations ont eu lieu devant la prison de Nanterre, où Sébastien Schifres était incarcéré à seulement 200 mètres du campus : feux d’artifice le soir, banderole accrochée sur le toit de la résidence universitaire et visible depuis la prison… Cette mobilisation a permis de réunir dans une même lutte des étudiants et des enseignants, mais aussi des chômeurs et des travailleurs extérieurs à la fac pour qui l’université n’est pas qu’un lieu d’études mais avant tout un territoire à se réapproprier en tant que foyer de subversion et pôle de lutte interprofessionnel. Cette mobilisation a permis de faire reculer la présence des vigiles sur l’université, ces derniers se montrant plus discrets depuis un mois. Cette mobilisation a permis de rétablir la liberté de circulation entre les bâtiments E et D : depuis deux semaines, la porte du mur a été enlevée, laissant ainsi un passage ouvert à travers le mur. Enfin, et surtout, cette mobilisation a permis la libération de Sébastien Schifres.

 

Outre les quatre mois de prison ferme, Sébastien Schifres été condamné le 30 novembre à 3000 euros de dommages intérêt (dont 2000 euros pour la réparation du mur). Sébastien Schifres a de plus été condamné à 360 euros d’amende pour avoir refusé de donner ses empreintes génétiques. Une prise d’empreinte purement préventive qui n’avait en l’occurrence absolument aucun rapport avec l’affaire en cours. En se portant partie civile contre l’un de ses étudiants, la présidence de l’université de Nanterre a montré son vrai visage : entre les étudiants et la police, les autorités universitaires ont choisi une fois de plus le camp de la répression, n’hésitant pas à envoyer en prison l’un de leurs propres étudiants. La marchandisation de l’université passe par l’incarcération des étudiants indisciplinés. Le président de l’université, Olivier Audéoud le dit lui-même, il veut faire de la fac « un campus à l’américaine » : l’université du XXIe siècle est ainsi appelée à se transformer en un ensemble de petites entreprises commerciales assurant chacune leur propre financement et se faisant concurrence sur le marché du savoir. Ce démantèlement de l’université est l’une des raisons inavouées du cloisonnement des bâtiments, chaque UFR devant à terme se séparer des autres dans le grand jeu de la libre entreprise.

 

Le cloisonnement de l’université de Nanterre s’intègre aussi dans un dispositif sécuritaire allant de pair avec la marchandisation de l’université : avec un poste de vigiles et une caméra à l’entrée de chaque bâtiment, il s’agit pour les autorités de pouvoir ainsi contrôler les allers et venues des étudiants et d’empêcher les rassemblements et les manifestations. Aujourd’hui, la lutte continue sur Nanterre, pour le démantèlement total du dispositif sécuritaire : dissolution des groupes de vigiles, suppression des caméras, décloisonnement des bâtiments, rétablissement de la franchise universitaire qui interdisait à la police de pénétrer sur le campus. Sébastien Schifres a fait appel de la décision du tribunal de Nanterre. Il sera don rejugé prochainement par la Cour d’appel de Versailles. La lutte continue donc aussi pour l’arrêt des poursuites judiciaires et disciplinaires contre tous les étudiants. Mais la lutte continue aussi et surtout pour que l’université ne soit plus seulement un « lieu d’études », mais d’abord et avant tout un lieu occupé par les travailleurs et les chômeurs en lutte, un lieu débarrassé du pouvoir de l’Etat et des autorités universitaires, un lieu de subversion autogéré au service de la lutte de classe contre l’Etat et le capitalisme.  

 

 

Le 11 décembre 2004

 

 

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